ACTIONS 2020

Projection du film de Maurice Lemaître « Le film est déjà commencé ? » au cinéma Le Luminor à Paris le 4 février 2020

  • Organisation en partenariat avec l’association Lightcone d’une projection du film restauré 35 mm couleur « Le film est déjà commencé ? » dans la salle « Le Luminor » à Paris. Tout le happening tel que décrit dans le script de Maurice Lemaître (avant, pendant et après la projection) a été organisé et présenté par Federico Rossin (programmateur et historien de cinéma), accompagné de figurants choisis dans les écoles de cinéma.

     

    En 1951, Maurice Lemaître a 25 ans. Il vient juste de travailler avec Isidore Isou comme assistant réalisateur lors de la production du Traité de bave et d'éternité. « Le Film est déjà commencé ? », son premier film, sera la base d'une œuvre cinématographique sans fin, des dizaines et des dizaines de films réalisés en totale autonomie économique et artistique jusqu'à sa mort en 2018. Le Film est déjà commencé ? est une œuvre capitale dans l'histoire du cinéma. Lemaître détruit impitoyablement tous les éléments de la projection cinématographique traditionnelle. Le film est presque entièrement "volé" aux autres films : le détournement montre ainsi l'absurdité du cinéma produit par le capital, et se présente comme une opération à la fois ludique et conceptuelle. L'image et sa matérialité sont attaquées via un travail de ciselure qui écaille, recolore, gratte le support du film. Le son est arraché des images originales et la nouvelle bande-son ainsi créée s'en retrouve complètement détachée d’elles ; c'est un commentaire/méta-commentaire de l'œuvre elle-même dont nous sommes témoins, et la voix de Lemaître nous accompagne tout au long du film. L'écran est dénoncé comme un simple support illusionniste et bidimensionnel, jusqu'à la proposition extrême de sa destruction par le feu. La salle est directement investie par le film et les spectateurs sont impliqués dans une sorte de happening provocateur, dont ils sont à la fois acteurs et victimes : bagarres, insultes et provocations incitent les spectateurs à dépasser la passivité de la projection classique pour faire entrer le cinéma dans la vie. À l'évidence, Lemaître a inventé une nouvelle forme artistique : le syncinéma n'est rien de plus qu'une œuvre collective basée sur la déconstruction, la dérision et la participation. Ce que nous essaierons de faire, à l'occasion de la première de la version restaurée en 35mm du film, c'est de nous rapprocher le plus possible de l'utopie performative et avant-gardiste théorisée et réalisée par Maurice Lemaître, cinéaste, peintre et poète lettriste qui a marqué l'histoire de l'art du XXe siècle, en proposant une expérience de spectateur unique, un événement artistique total où destruction et innovation sont mêlées dans une joyeuse et inoubliable pagaille générale.

                                                                                                     

    - Federico Rossin

     





    "Le Film est déjà commencé ?" a été restauré et numérisé avec le soutien du CNC, sous la direction de Light Cone, avec la participation du Fonds de Dotation Bismuth Lemaître Guymer.

    À l’occasion de cette séance spéciale, Light Cone Editions a présenté une nouvelle parution : «Nous sommes d’accord avec tout ce qui a lutté et lutte encore depuis le début du monde» -  Introduction au Cinéma lettriste de Nicole Brenez, texte publié en anglais (2014, Sternberg Press) mais inédit jusqu’à ce jour en France. L’ouvrage a été offert par le Fonds à l'ensemble des spectateurs de la séance, ainsi qu'à tous ceux qui n'ont pas pu entrer par manque de place.

    Une ré-édition limitée et numérotée en sérigraphie de l’affiche originale du film a également été présentée.

    Cette séance Scratch était exceptionnellement gratuite (capacité de la salle : 180 places) et offerte par le Fonds. Un amical buffet a permis de poursuivre les échanges autour d'un verre après la séance.

Prolongation de l'exposition "Films imaginaires »

à The Film Gallery à Paris jusqu'au 31 janvier 2020


  • Cette exposition, dont le vernissage a eu lieu le 5 décembre 2019, a été prolongée jusqu'au 31 janvier 2020 et a présenté notamment de nombreuses oeuvres (tableaux, photographies, scuptures, affiches), grâcieusement prêtées par le Fonds.

  • Deux ateliers pédagogiques ont été également organisés au cours de l’exposition :

  • Un atelier collage animé par Anaïs Ibert le 9 janvier 2020. Lors de cet atelier les participants ont été invités à s'essayer à la pratique du collage. A l'image des oeuvres de Maurice Lemaître, toutes les approches sont permises : découpage, déchirement, superposition, confrontation d'univers proches et éloignés, association de détails et de vues d'ensemble.
    Anaïs Ibert est artiste et cinéaste. Elle est membre du laboratoire cinématographique partagé, l'Abominable (La Courneuve) et co-créatrice de La surface de dernière diffusion, structure de co-production de films expérimentaux. http://anaisibert.net


  • Un atelier grattage et intervention sur pellicule animé par Sébastien Ronceray le 18 janvier 2020. Après une première partie de découverte des films peints ou grattés de Maurice Lemaître, les participants ont réalisé un film collectif de quelques minutes. Sébastien Ronceray a amené les participants à imaginer ll'ensemble des images composant le film, à créer eux-mêmes son fond, sa forme, ses couleurs, son rythme.
    Sébastien Ronceray est cinéaste, analyste et professeur de cinéma (Paris 8). Il est le co-fondateur de l'association Braquage avec laquelle il propose des programmations de films expérimentaux, intervient lors de conférences et anime des ateliers de sensibilisation. Il est également intervenant pédagogique à la cinémathèque française.